Dans nos vies intimes, sociales et professionnelles, nous sommes nombreux à faire l'expérience de l'étrangeté. Le monde qui nous entoure n'est jamais plus tout à fait celui que nous pensions connaître ou celui dans lequel nous aurions aimé vivre. Nos repères vacillent et les traversées des crises climatiques, sanitaires, écologiques, politiques, sociales, économiques sont autant d'expériences qui altèrent nos capacités à produire du sens.
L'anthropologue Anna Tsing parle d'une "nouvelle nature" : un monde transformé, abîmé, où le vivant s'effrite, s'éteint, mais aussi renaît ou prolifère de façon inattendue. Si l'anthropocène amplifie et rend visibles ces bouleversements à l'échelle collective, le trouble auquel chacun doit faire face – dans son rapport au monde, aux autres, à soi-même – a de tout temps été présent mais se fait toujours plus aigu.
Face à cette nouvelle nature du monde – à la fois inquiétante et porteuse de possibles inattendus, la philosophe Donna Haraway nous invite à "vivre avec le trouble" plutôt qu'à détourner le regard et notamment à prendre ses responsabilités dans un présent imparfait. Je m'applique à suivre cette proposition.
Je m'intéresse à la réinvention des organisations dans l'anthropocène. Mes travaux portent notamment sur le rôle des ingénieries engagées dans cette période singulière qui impose aux industries de se réinventer. Je travaille également sur le sens de l'innovation face aux enjeux écologiques et sur de nouvelles formes de management de l'innovation à la croisée des sciences naturelles et des sciences sociales. Au cœur de mes travaux : comment les organisations peuvent-elles se transformer pour honorer le vivant – humain et non-humain – qui les traverse et les entoure.
→Formé à l'Intelligence Relationnelle, j'accompagne adultes et adolescents vers un mieux-être et la résolution de leurs traumas. Cette approche s'appuie sur la compréhension des mécanismes neurobiologiques qui constituent la trame de nos blocages psychiques et de nos blessures. Il s'agit là aussi de soutenir le vivant : permettre aux personnes de se reconnecter à ce qui reste vivant en elles, de restaurer leur capacité à vivre, empêchée par les traumas du passé, et de retrouver leur capacité à se mettre en mouvement.
→Ce qui relie ces deux pratiques ?
Un même fil rouge : le vivant comme boussole. Qu'il s'agisse d'une personne cherchant à guérir ou d'une organisation appelée à se réinventer, la question est semblable : comment retrouver le mouvement, la vitalité, la capacité d'agir dans le monde ?
Une même posture : l'engagement côte à côté – iuxta signifie à côté de. Dans mes deux pratiques, je chemine avec ceux que j'accompagne, dans la durée, sans prétendre détenir les réponses mais en créant les conditions pour qu'elles émergent.